réunion du mercredi 15 octobre 2003
animée par Norbert Steyer
résumé présenté par Jean-Michel Bolzinger
Quelques chiffres pour commencer
Prévalence 1 sur 100 de la population mondiale (600.000 cas en France) Sexe
ratio 1/1
mais 2 hommes pour une femme entre 15 et 25 ans
et 2 femmes pour un
homme entre 40 et 45 ans
Taux de suicide 20 fois supérieur à celui de la
population générale.
Compréhension de la maladie :
Un syndrome physiopathologique plurifactoriel complexe, débutant souvent à
l'adolescence ou chez le jeune adulte et évoluant vers une " dissociation
" progressive de la personnalité.
2 catégories de symptômes :
les s.
positifs, productifs : hallucinations, idées délirantes, grande confusion dans
la pensée, le discours et l'action
les s. négatifs, déficitaires : déficit
de communication, isolement total par grande difficulté de communication avec
autrui.
En réalité, la pratique montre que les deux pôles sont associés.
Le film : radioschizo
Pendant une heure, la caméra suit une groupe de jeunes schizophrènes belges
dans un atelier ayant pour thème " la création d'une radio "
Interviewé par un patient, le psychiatre du film explique :
" La
schizophrénie est une forme d'expression d'une souffrance. On peut exprimer
cette souffrance sous forme d'angoisses, de dépression ou sous la forme d'une
schizophrénie si l'on y est prédisposé "
Un témoignage essentiel
Nous avons eu la chance d'avoir parmi nous une homme d'une grande gentillesse
qui a accepté de venir nous livrer son expérience de père d'un jeune homme de
24 ans, étudiant en mathématiques, qui a déclenché une schizophrénie. Il
nous raconte la difficulté du diagnostic, le quotidien du vécu familial et sa
grande inquiétude face à l'avenir.
Le diagnostic
Subjectif jusqu'à la fin des années soixante
Objectif depuis les classifications internationales DSM IV et CMI 10
Les formes sont multiples et peuvent varier notablement d'un individu à
l'autre.
La maladie se déclare généralement entre 15 et 25 ans (parfois entre 40 et
45 ans). Les premiers symptômes de la schizophrénie se produisent au décours
d'événements stressants (entrée et sortie du service militaire, accouchement, début ou fin de cursus scolaire, licenciement….
Il se passe environ un an
entre les premiers symptômes et la 1° consultation
et encore 6 mois à un an
durant laquelle il y aura plusieurs consultations chez le médecin généraliste
ou chez le psychiatre avant la 1° hospitalisation.
CAT devant un premier accès évocateur d'une schizophrénie
Psychothérapies Psychothérapies de soutien, comportementales, thérapies
familiales, psychothérapies institutionnelles visant à procurer au patient une
meilleure sécurité interne lui permettant d'engager des relations vécues
comme non menaçantes.
Les structures non hospitalières
Toute une palette de structures progressives et ouvertes sur la communauté.
Dispensaires d'hygiène mentale, centre médico-psychothérapeutique, hôpital
de nuit, foyer de postcure, appartements communautaires avec un encadrement
soignant discret, hôpital de jour, travail en milieu protégé, placements
familiaux
Les neuroleptiques sont actifs sur la composante productive (délire) grâce
à leur action anti hallucinatoire (l'hallucination est le matière première du
délire du schizophrène.)
Ces produits font disparaître les délires, les hallucinations, l'anxiété,
l'excitation et l'agressivité mais provoquent souvent des effets
secondaires.
1/3 des cas ne répondent pas aux neuroleptiques de 1° génération sur le
long terme.
Depuis 1998, des nouveaux neuroleptiques (Solian°, Risperdal°, Zyprexa°,
Leponex°) revendiquent une action supplémentaire sur la composante
déficitaire, ce qui serait nouveau en regard des produits de 1° génération
qui " neuroleptisaient " les patients.
Les patients sont dès lors moins démunis face à leurs sentiments, leurs
pensées sont moins confuses et ils ont un meilleur contact avec
l'environnement..
Combien de temps ?
Au moins deux ans à dose efficace après une première expérience
délirante. Par la suite, maintien de petites doses, puis fenêtres
thérapeutique en guettant les prodromes d'une éventuelle rechute.
Le rôle du généraliste.
Le généraliste intervient en amont et en aval de l'hospitalisation. Il doit
rester un repère stable et non ambivalent. Comme chaque intervenant de soin, il
doit s'attacher à garder son rôle propre et ne pas se laisser prendre au
piège du schizophrène qui introduit la confusion sur les personnes, leurs
rôles, leurs interventions dans le temps et qui parasite ainsi toute
communication.
En tant que médecin de famille, somaticien et recours dans l'urgence, le
médecin généraliste est le témoin de nombreux moments de la maladie
schizophrénique :
au tout début, lorsque les troubles sont encore peu nets,
lors des dysfonctionnements familiaux,
lors des crises ou des décompensations aiguës,
lorsque le schizophrène refuse son traitement médicamenteux ainsi que
toute prise en charge psychiatrique,
enfin, le généraliste est amené à intervenir comme médiateur par
rapport à la famille, ou par rapport au psychiatre car il reste souvent le
dernier interlocuteur accepté par le malade.
À chacun de ces moments la collaboration généraliste / psychiatre
gagnerait à être développée.
Le devenir des schizophrènes
La moitié ont du mal à s'insérer socialement 1/3 vivent seuls les autres
sont en famille, en foyer ou en institution. 60% des schizophrènes ne seront
jamais hospitalisés.
Ils conservent cependant une difficulté de perception adaptée à l'égard
de ce qui se passe autour d'eux.