Camus - Buzzati
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Un cas intéressant

d'Albert Camus

 

présenté par Jean-Michel Bolzinger
Metz le 10 avril 2005

 

En 1955, Albert Camus décide de mettre en scène un livre de Dino Buzzati "Un caso clinico". A partir du roman, il écrit le scénario d'une pièce de théâtre qui devient "Un cas intéressant".

C'est l'histoire de Giovanni Corte, un industriel italien au sommet de sa gloire, qui présente des hallucinations auditives qu'il banalise en l'attribuant à du surmenage.
Inquiète, sa mère en parle à un ami médecin, le Docteur Malvezzi. La femme de Corte, Anita, et sa fille Bianca lui conseillent d'aller voir le Docteur Claretta "célèbre dans toute l'Europe" à la clinique où cette dernière suit des cours à l'école d'infirmière. Celui ci lui propose enfin de rencontrer le réputé Professeur Schroeder, qui lui 

"ne se déplacerait pas pour examiner le pape."

Celui-ci lui indique qu'il n'a rien de grave, 

"une très légère altération dans la région hypothalamique"

Et les Drs Claretta et Schroeder, souriants, aux visages rassurants impénétrables mais pourtant lourds de sous-entendus, persuadent Corte, en dépit de sa résistance, de se laisser hospitaliser pour y subir une petite intervention chirurgicale, une formalité.

La clinique de Schroeder a une petite particularité dans son organisation puisqu'elle compte six étages et que les malades sont répartis selon le degré de gravité de leur maladie:
au sixième où se trouve Corte sont hospitalisés les patients dont le cas est bénin, "des malades pour rire, en somme"; au cinquième se trouvent ceux qui vont un peu moins bien, et ainsi de suite jusqu'au premier étage où ne sont plus concernés les médecins, mais seulement les curés.

Au fil de la pièce, Corte voit son état empirer progressivement tandis qu'on lui fait peu à peu descendre les étages sous des prétextes présentés comme futiles.

…j'allais oublier, il y a une petite complication…il ne reste plus de chambres libres à cet étage…il faudra que nous descendions à l'étage du dessous…une question de 2 ou 3 jours tout au plus…Allons ne faites pas l'enfant. Je comprendrais encore si c'était pour une raison médicale, si votre état s'était aggravé. Mais l'opération a réussi au delà de nos espérances…

La description des médecins Malvezzi, Claretta et Schroeder est tout à fait intéressante. Dans l'introduction de la pièce, Albert Camus écrit :

Et il est vrai qu 'en mélangeant " La mort d'Ivan Ilitsch " et Knock, on risquerait d'obtenir un produit aussi original que celui qui est présenté aujourd'hui.

La mise en situation d'un patient rongé d'inquiétude qui demande des éclaircissements au médecin ressemble étrangement à ce passage où Ivan Ilitsch s'entend répondre

Je vous ai déjà dit ce que je considérais nécessaire et convenable de vous dire, fit le médecin.

Ici, Le Pr Schroeder va utiliser ce joker que nous connaissons si bien :

- …tout est en ordre, je n'ai plus besoin de vous.
-… Alors vous n'avez rien trouvé ?
- Comprenez moi bien… Je n'ai pas dit qu'on n'avait rien trouvé. M'avez vous entendu dire qu'on n'avait rien trouvé ?…
- …Et qu'a t'on trouvé ?
- …Je vous expliquais, seulement, Cher Monsieur, que pour le moment, nous n'avons plus besoin de vous..

et la botte de Nevers :

- …je vous promets que je me mettrai en rapport avec votre médecin traitant

 

Le critique du Figaro J.J.Gautier écrivit qu'il n'avait 

"jamais vu un pièce aussi horrible, aussi cruellement sadique, aussi opressante, aussi épouvantable, aussi abominable, aussi intolérable."

Dino Buzzati(1) journaliste et écrivain, (il est connu pour "Le désert des Tartares") répondit que cette critique était pour lui une immense louange. En effet, cette pièce ne pouvait pas avoir de succès

car c'est une chose qui touche le spectateur et le dérange...C'est une histoire humaine, très humaine, intelligente, à laquelle participe le corps du spectateur, le petit furoncle, ici, le mal au ventre, ici, à la rate ou à la nuque, et alors le spectateur se dit: "Mon Dieu! Demain, qui sait?" (2)





(1) Bibliographie de Dino Buzzati

(2) cité par Roger Grenier dans "Albert Camus et ombre" Gallimard 1987

Albert Camus : "Un cas intéressant", par Paolo IPPOLITO [426 ko]
Mémoire de maîtrise de Lettres Modernes, Université de Strasbourg, 1998.

 

 

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