Camus
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La peste

par Albert Camus

 

présenté par Michel Chillot
14 mars 2004

 

De toutes les maladies, la peste est celle dont le nom a la charge symbolique la plus grande.

Le mot peste est emprunté au latin pestis signifiant maladie contagieuse, épidémie, peste et fléau (dictionnaire latin-français Gaffiot, Hachette). Son utilisation est souvent étendue à toute maladie caractérisée par une très forte mortalité. Il sera utilisé dès le XVII° siècle au sens figuré pour désigner une personne méchante et très désagréable. L’expression "fuir quelqu’un comme la peste" encore utilisée est datée de 1654( dictionnaire historique de la langue française Le Robert)

Le bacille, Yersinia pestis, responsable de la maladie est isolé en 1894 par Yersin, (médecin français). La peste est une zoonose des rongeurs transmise à l’homme par piqûre de puce. La maladie existerait depuis des temps immémoriaux. Il persiste encore des foyers en Asie, Afrique de l’est, Madagascar et Amérique du sud.

Rappel sur la peste (Maladies infectieuses et tropicales E. Pilly)

L’inoculation de la maladie se fait par piqûre de puce. La bactérie se loge au niveau d’un ganglion satellite réalisant une suppuration locale (bubon). La dissémination se fait par voie hématogène avec atteinte multi-viscérale notamment pulmonaire. Lors d’épidémie, la contamination inter humaine est possible par voie respiratoire si un malade est porteur d’une lésion pulmonaire ouverte. La peste pulmonaire se traduit par une pneumopathie sévère avec dyspnée et expectoration sanglante. La mort est presque inéluctable malgré une antibiothérapie. Le diagnostic se fait par mise en évidence du germe à l’examen direct et culture après ponction du bubon ou prélèvement pulmonaire. Yersinia pestis est sensible aux aminosides, cyclines, quinolones, au triméthoprime-sulfaméthazole et à la rifampicine mais résistant aux bétalactamines.

Plusieurs textes sont consacrés à la peste dans la littérature. Nous débuterons par La Peste d’Albert Camus.

La Peste est publié en 1947, au lendemain de la seconde guerre mondiale. Une première version du roman était déjà prête en 1943. Camus travaillait sur ce roman depuis 1940, année de la parution de L’Étranger.

Camus situe le récit "en 194., à Oran". Dès la première phrase du roman, on ne peut s’empêcher de faire un rapprochement avec la montée du nazisme en Europe. Ce que confirmera Camus dans une lettre du 11 janvier 1955 qu’il écrivit à Roland Barthes: 

"La Peste, dont j’ai voulu qu’elle se lise sur plusieurs portées, a cependant comme contenu évident la lutte de la résistance européenne contre le nazisme".

Tout commence par la découverte d’un rat mort par le docteur Bernard Rieux, personnage principal du roman, le matin du 16 avril. Neuf jours plus tard, six mille deux cent trente et un rat sont collectés en une seule journée. Le premier cas de peste apparaît: des ganglions 

"durs et ligneux au toucher", "deux taches noirâtres au flanc", "une température à quarante", 

des vomissements 

"avec de grands arrachements, une bile rosâtre", 

une soif intense et un délire. La mort l’emportera.

Camus va s’intéresser au comportement des habitants de la ville d’Oran sous le choc de l’annonce de la réapparition de la peste: 

"on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête".

Le docteur Rieux va remettre au préfet 

"un rapport destiné à être envoyé dans la capitale de la colonie pour solliciter des ordres". Dans l’attente d’une réponse, la déclaration obligatoire et l’isolement des malades furent de rigueur. Les maisons des malades furent désinfectées et les proches mis en quarantaine. On comptait une trentaine de morts par jour. La réponse sera nette: "Déclarez l’état de peste. Fermez la ville."

A partir de ce moment, la peste devint l’"affaire à tous". La fermeture des portes entraîne 

"la soudaine séparation où furent placés des êtres qui n’y étaient pas préparés". Le courrier est stoppé de peur de dissémination de la maladie. Le retour de ceux partis avant le début de l’épidémie fut autorisé mais s’ils rentraient en ville, ils ne pourraient plus la quitter. Mais conscient du risque qu’ils feraient encourir à leurs proches, les citadins "se résignèrent à souffrir cette séparation".

Tous les habitants ressentent 

"le sentiment de l’exil", "ce creux que nous portions constamment en nous, cette émotion précise, le désir déraisonnable de revenir en arrière ou au contraire de presser la marche du temps, ces flèches brûlantes de la mémoire"

Rambert, journaliste venu enquêté de Paris sur les conditions de vie des arabes se retrouve piégé dans la ville. Il essaye de la quitter par tous les moyens pour retrouver sa femme restée à Paris. La vie légale étant impossible, il pensera faire appel à des passeurs. Finalement, il décidera de rester par peur d’u sentiment de honte s’il partait. Il se sent concerné par ce qu’il a vu:...

"je sais que je suis d’ici, que je le veuille ou non. Cette histoire nous concerne tous".

La peste ramène les fidèles à l’église. Le Père Paneloud, 

"un jésuite érudit et militant" 

lancera un sermon du haut de sa chaire. Il rend responsable les fidèles de leur malheur: 

"Mes frères, vous êtes dans le malheur, mes frères vous l’avez mérité". 

Il montre l’origine divine du fléau et son caractère punitif.

Avec la chaleur du mois de juin, la tension monte dans la ville. On compte sept cents morts par semaine. Des bagarres éclatent aux portes de la ville. L’été tant attendu les années précédentes est redouté par crainte d’une flambée de la peste.

Il est décidé de mettre en place un réseau de formations sanitaires avec des volontaires.

Camus glisse des réflexions sur l’héroïsme par la bouche de Rieux:

 "il ne s’agit pas d’héroïsme dans tout cela. Il s’agit d’honnêteté. C’est une idée qui peut faire rire, mais la seule façon de lutter contre la peste, c’est l’honnêteté."

 ...sur l’honnêteté: 

"je ne sais pas ce qu’elle est en général. Mais dans mon cas, je sais qu’elle consiste à faire mon métier". 

Rambert lance: 

"Eh bien, moi, j’en ai assez des gens qui meurent pour une idée. Je ne crois pas à l’héroïsme, je sais que c’est facile et j’ai appris que c’était meurtrier. Ce qui m’intéresse, c’est qu’on vive et qu’on meure de ce qu’on aime". 

Cette réflexion fait immédiatement à une chanson de Georges Brassens: 

"mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente".

Rieux est gagné par la fatigue, 

"...il n’avait pas beaucoup d’illusions et sa fatigue lui ôtait celles qu’il conservait encore". 

Son rôle n’était plus de guérir. Son rôle se limiter à diagnostiquer la maladie de la peste, découvrir, voir décrire, enregistrer, puis condamner, c’était sa tâche. Rieux assiste à l’agonie d’un enfant. Il n’accepte pas la mort de cet innocent qu’il qualifie de scandale. Camus décrit sans pathos mais avec une grande charge émotive ses derniers moments de vie.

Il faudra attendre avril de l’année semaine pour n’avoir découvert aucun rat mort. Le recul de la maladie était en marche. 

"La maladie semblait partir comme elle était venue".

Quel enseignement Rieux gardera d’avoir vécu cette terrible épidémie? Camus nous donne une réponse magistrale: 

"Il avait seulement gagné d’avoir connu la peste et de s’en souvenir, de connaître la tendresse et de devoir un jour s’en souvenir. Tout ce que l’homme pouvait gagner au jeu de la peste et de la vie, c’était la connaissance de la mémoire".

Le roman d’Albert Camus garde toute sa force en ayant élevé la maladie de la Peste au rang du mythe. Pour s’en convaincre, il suffit le relire ce roman au lendemain des terribles attentats qui ont frappé l’Espagne.

Sur ce site voir aussi:

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bulletLa peste par Albert Camus
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