Dostoïevski
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L’épilepsie du Prince Myschkin

personnage du roman L’Idiot de Dostoïevski

présenté par Michel Chillot
9 janvier 2004

 

Fedor Mikhailowitch Dostoïevski (né à Moscou en 1823 et mort à Saint-Pertersbourg en 1881), fils de médecin, termine son roman L’Idiot en 1868.

 

L’Idiot est un roman d’une grande force dont le pivot central est le prince Myschkin surnommé l’Idiot. 
Pourquoi l’Idiot? 
Parce qu’il dit simplement ce qu’il pense sans se soucier des conséquences, parce qu’il est pur, parce qu’il est sans amour propre. "Un parfait innocent" dira de lui Rogojine, un fils de riches marchands. Il ne faut pas oublier que Dostoïevski était chrétien. Le prince Myschkin est un personnage christique même si son but n’est pas de changer ceux qui l’entourent.

 

Dès le début du livre, Dostoïevski nous précise que le prince est épileptique:

 "Il avait de grands yeux bleus au regard fixe; ce regard avait quelque chose de doux mais de pesant, une expression étrange révélant aux yeux d’un observateur averti un épileptique". 

Curieuse phrase, 

" révélant aux yeux d’un observateur averti un épileptique", 

pour nous autres médecins. Comme si un diagnostic d’épilepsie se faisait en regardant son patient. Pourtant lorsque l’on sait que Dostoïevski était lui-même épileptique, on commence à comprendre. Il projette sur les autres sa manière de percevoir l’épilepsie comme une maladie qui se voit en dehors des crises.

Le Prince rentre d’un séjour en Suisse pour soigner une maladie avec "des tremblements et des convulsions". Dostoïevski reste encore vague sur la description du mal dont est atteint son héros. Un peu plus loin dans le récit, le Prince confiera que lorsque 

"mes accès se succédaient trop fréquemment j’entrais dans état de prostration, perdant complètement la mémoire, et bien que mon esprit continuât à fonctionner, le cours logique des mes pensées s’interrompaient". 

A son retour, il ne présente plus de crise.

Dostoïevski décrit l’aura qui précédait les crises du Prince: 

"il y avait un moment précédent de très peu la crise... où soudain, au milieu de la tristesse, des ténèbres de l’âme, de l’étouffement, son cerveau s’embraser par instants, et où toutes ses forces vitales se tendaient à la fois dans un élan extraordinaire. La sensation de vie, la conscience de soi-même paraissaient décuplées dans ces moments fulgurants." 

Il caractérise cet état de "conscience supérieure" et dit :

"oui, pour ce moment on pourrait donner toute sa vie". 

Il est curieux de rapprocher ces lignes à des propos tenus par Dostoïevski : 

"vous êtes tous en bonne santé mais vous ne pouvez pas vous douter du bonheur suprême ressenti par l’épileptique une seconde avant la crise. Je ne sais pas si cette félicité équivaut à des secondes, des heures, des mois, mais vous pouvez me croire sur parole, toute le bonheur que l’on reçoit dans une vie je ne l’échangerais pour rien au monde contre celui-ci"

Un peu plus loin dans le récit, le Prince sera sauvé par une crise d’épilepsie. Rogijine tente de le poignarder dans un accès de jalousie pour une femme, Anastasia Philppovna, qu’il devait épouser et qui lui échappe. Le Prince avait proposé à Anastasia Philippovna de la marier. Mais elle avait refusé ne se trouvant pas asser pure pour devenir sa femme. Par la suite, elle avait demandé l’avis du Prince sur son mariage avec Rogojine. Le Prince lui déconseillera cette union entraînant la fureur de Rogojine, qui est persuadé qu’Anastasia Philppovna est amoureuse du Prince. Donc, 

"sa main droite se leva, quelque chose y brilla". A cet instant, le Prince présente "un nouvel accès d’épilepsie dont il ne souffrait plus depuis longtemps". La description se fait plus précise: "convulsions et crampes s’emparent de toute le corps et de tous les traits du visage. Un cri atroce, inimaginable et qu’on ne peut comparer à rien, s’échappe de la poitrine....On croit parfois que c’est quelqu’un d’autre qui crie, quelqu’un qui se trouve à l’intérieur du malade....Un accès de haut mal provoque une terreur intolérable qui parfois comporte même un certain caractère mystique".

 

En lisant Dostoïevski, l’épilepsie nous apparaît comme une maladie qui permettrait d’accéder à un niveau de conscience supérieure. Le caractère mystique de Dostoïevski et l’absence de traitement ont du fortement cette façon de penser et de vivre sa maladie

 

bulletEn ligne 
à l'adresse suivante http://www.epilepsie-france.fr/modules.php?name=News&file=article&sid=29 :
les pages 332-334 et 345-347
de L'idiot - Deuxième partie , chapitre V 
traduction du russe : G. et G. Arout (texte de l'édition du Livre de Poche) 

 

bulletlire aussi http://www.epilepsiemuseum.de/alt/dostojewskijfr.html 

 

 

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