Korsakov. Eric Fottorino
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Korsakov

par Eric Fottorino

présenté par J.M.Bolzinger
Metz le 16 mars 2006

 

Dans le film ‘Van Gogh’ de Maurice Pialat un phrase retentit qui ne peut nous laisser indifférents :

Les médecins ont un vilain défaut : ils ne sont pas malades. Et lorsqu’ils le sont, ils ne sont plus médecins.

C’est bien ce qui arrive à François Signorelli, jeune neurologue réputé de Palerme qui se découvre atteint d’un syndrome de Korsakov dont il est précisément un des spécialistes. Le fil du roman déroule la symptomatologie de ce syndrome bien particulier qui touche gravement la mémoire récente, empêchant la fixation de nouveaux souvenirs (amnésie antérograde) tout en laissant la mémoire ancienne relativement intacte (au moins au début). La grande caractéristique réside dans la persistance d’un intellect relativement épargné qui s’attelle à combler les lacunes de mémoire au moyen de fabulations élaborée à partir d’expériences anciennes.

 « Il ne sait plus qui il est. Alors il invente. Korsakov, c'est l'Alzheimer des jeunes sujets. Avec une grande différence cependant. Un cerveau atteint d'Alzheimer n'est plus en mesure d'élaborer le moindre scénario de vie et de biographie. Le malade sombre plus ou moins vite, c'est un naufrage de la mémoire avec l'engloutissement de ses points de repère. Dans le cas de Korsakov, le malade est encore très valide, avec des neurones en pleine ébullition. Les souvenirs que la maladie dévore, l'imagination les remplace par des histoires plausibles mais purement inventées (…)

Un cerveau en proie à Korsakov s'invente une vie rêvée. Les trous de mémoire, que dis-je, les gouffres de la mémoire, il les comble selon sa fantaisie, avec une rationalité qui donne le change »

Au fil du roman, la mèche consume le quotidien d’une vie semblant n’être plus que du passé, omettant parfois d’effacer une scène récente pénible, paradoxale lacune insulaire égarée au milieu d’un océan d’amnésie. 

En son temps, le Pr Le Morsec qui fut son maître à la Salpêtrière avait eu ces propos empreints d’une grande sagesse:  

« Cette maladie est un malheur car il n'y a pas grand-chose que nous puissions faire. Mais avouez que ce n'est pas si mal : par un dérèglement cérébral, un homme croit être devenu ce qu'il a toujours rêvé d'être. Comme il perd le souvenir au fur et à mesure, il peut devenir qui il veut, quand il veut »

Propos de médecin, mais pas de malade. François Signorelli parfaitement instruit de la gravité du pronostic pose un dernier acte décisif, qu’il va se hâter d’oublier, celui de confier sa mort à un tueur afin d’achever ce que la maladie dans son ultime cruauté n’a pas été capable de parfaire.

Laissons le mot de la fin à Luis Buñuel (dans son livre 'Mon dernier soupir'.)

"Il faut commencer à perdre la mémoire, ne serait ce que par bribes, pour se rendre compte que cette mémoire est ce qui fait toute notre vie. Une vie sans mémoire ne serait pas une vie (…)
Notre mémoire est notre cohérence, notre raison, notre sentiment et même notre action.
Sans elle nous ne sommes rien."

 

 

Sergei Korsakov (1853-1900)

est né en Russie, ou il a reçu la majeure partie de son éducation avant de suivre l'enseignement de Meynert à Vienne. Il étudia particulièrement l’association troubles mentaux et  polynévrite (alcoolique) et c’est cette association qui porte le nom de syndrome de Korsakov. Il fit un grand travail de classification des maladies psychiatriques.

On le considère comme le premier grand psychiatre en Russie doublé d’un humanisme qui l’a conduit à améliorer considérablement les conditions de vie au sein des établissements psychiatriques.  Il est de la même veine que Pinel et Charcot.

Son disciple Pétrovitch Serbski (1858-1917) lui succède à la chaire de psychiatrie et continue dans le principe de "non-restriction" et dans l'amélioration des conditions de vie des malades psychiatriques. Bel exemple de probité et de pensée libre, celui ci porte beaucoup d'intérêt aux thèses nouvelles de Freud même s'il n'adhère pas au concept de pansexualisme qu'il perçoit comme une "tentative de simplification de la réalité". Il critique publiquement l'autocratie du gouvernement tsariste avec lequel il entre en conflit et démissionne par protestation en 1911. Il est tout aussi critique à l'égard de certains révolutionnaires qu'il considère comme des  déséquilibrés mentaux. Dans l'oraison funèbre consacrée à Serbski on dit de lui qu'il fut"un psychiatre sans peur et sans reproche".

 

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