Samuel Pepys
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La peste de Londres en 1665

dans le journal de Samuel Pepys

 

présenté par Michel Chillot
18 avril 2004

 

Londres connut une épidémie de peste en 1665. Le journal de Samuel Pepys nous offre un témoignage direct et unique de la vie dans la capitale britannique plongée dans la maladie.

Samuel Pepys (1633-1703) est issu d’une famille de la petite bourgeoisie. Il fit ses études au Magdalene College de Cambridge. Un cousin de son père (Edward Montagu) conseiller de Cromwell, l’engagea comme secrétaire. A la chute de Cromwell en 1659, il participe à la restauration de la monarchie en faisant revenir de Hollande le roi Charles II, ce qui lui valut d’obtenir un poste très important dans les affaires maritimes. Il développa la capacité navale de son pays et obtint le poste de secrétaire de l’amirauté. Il siégea au parlement. Il tomba en disgrâce en 1679 après avoir été injustement impliqué dans une affaire d’assassinat. Il reprit des fonctions en 1684. Il fut président de l’académie des sciences de 1684 à 1685. Il abandonna la politique en 1689.

Il tint son journal de 1660 (il est âgé de 27 ans) à 1669. Pour le garder secret, il l’écrivit dans un langage codé connu sous le nom de tachygraphie, une forme de sténographie. Son récit couvre la première partie de la Restauration qui fait suite au régime puritain et austère de Cromwell (interdiction des plaisirs publics, obligation de passer le dimanche en famille à chanter des cantiques). Avec l’arrivée de Charles II, tous les divertissements proscrits seront rétablis, souvent avec excès. Samuel Pepys nous livre un témoignage inestimable sur cette époque.

Le récit de l’épidémie de peste débute le 7 juillet 1665:

"Ce fut hier la journée la plus chaude que j’aie vue de ma vie....Aujourd’hui malgré moi, j’ai vu dans Drury Lane deux ou trois maisons avec une croix rouge sur la porte et l’inscription: "Dieu ait pitié de nous". Triste spectacle, le premier de cette sorte que je voie, autant qu’il m’en souvienne."

Le lendemain le mot terrible est prononcé: 

"Je lui ai recommandé de faire un détour par la taverne de la Demi-Lune, à cause de la peste."

Le 10 juin: 

"Ce soir, en rentrant pour souper, j’apprends que la peste vient de faire son apparition dans la Cité, et cela justement dans Fenchurch Street, chez le docteur Burnett, mon bon ami et voisin.....Au bureau pour terminer mes lettres, préoccupé de mettre mes affaires et ma fortune en ordre, au cas ou il plairait à Dieu de m’appeler à Lui. Que sa volonté soit faite!"

La peuple de Londres se prépare à l’exode: 

"La cour était pleine de chariots et de gens prêts à quitter la ville... Dans cette partie de la ville, la peste gagne chaque jour du terrain. Le bulletin de mortalité est déjà de deux cent soixante-sept; quatre-vingt-dix de plus que le dernier. Il n’y a eu que quatre décès dans la Cité. Grande bénédiction pour nous....La Reine-mère part aujourd’hui pour la France."

Samuel Pepys continue cependant à travailler à ses affaires tout se préparant au pire: 

"Dieu me protège et me prépare à être frappé".

Le 5 juillet, Pepys prend la décision de mettre sa femme à l’abri: 

"j’ai pris mes dispositions pour faire expédier à Woolwich la literie et les affaires de ma femme, en vue de son départ.....Je les ai quitté à l’heure du souper, le coeur serré d’être séparé de ma femme." 

Lui décide de rester à Londres pour s’occuper de ses affaires.

L’épidémie de peste flambe: 

"plus de sept cents personnes sont mortes de la peste cette semaine (13 juillet), "mille quatre-cent-vingt-neuf personnes sont mortes cette semaine" (20 juillet), "plus de trois mille décès cette semaine"(10 août), "il meurt tant de gens qu’on est obligé maintenant de les enterrer de jour" (12 août).

Samuel Pepys se résout finalement à quitter Londres après une longue hésitation: 

"Je me prépare à déménager à Woolwich, la peste ayant augmenté cette semaine au-delà de toute prévision: plus de six mille morts" (31 août).

La peste s’étend à tout le royaume. Pepys nous peint un tableau apocalyptique de la capitale: 

"dans les rues, de grands feux brûlaient, par ordre du lord-maire... il y avait des feux tout le long du chemin sur les deux rives de la Tamise (6 septembre), "il faut voir la folie des gens qui continuent, en dépit des interdictions, à suivre en foule les cercueils pour les regarder mettre en terre (3 septembre), "à Westminster, plus un seul médecin, tous sont morts" (5 octobre).

Pourtant, Samuel Pepys continue à vivre normalement: travail à son bureau, soirées passées chez ses amis et visite à sa femme: 

"je peux bien dire que ces trois derniers mois, au point de vue bonheur, santé et fortune, ont peut-être été les meilleurs de ma vie. Je n’ai pas eu d’autre sujet de contrariété que la pensée de la contagion en ce de temps de peste. Le Seigneur en soit loué!" (30 septembre). 

Cette période est même particulièrement faste pour lui:

"je peux bien dire que ces trois derniers mois, au point de vue bonheur, santé et fortune, ont peut-être erré les meilleurs de ma vie. Je n’ai pas eu d’autre sujet de contrariété que la pensée de al contagion en ce temps de peste. Le seigneur en soit loué!" (2 octobre)

En août, Samuel Pepys songe à rejoindre son épouse: 

"dans l’après-midi, j’ai envoyé mon domestique à Woolwich avec une partie de mes affaires, dans l’intention de m’y installer tout à fait" (28 août).

Au mois d’octobre, l’épidémie semble reculer: 

"ainsi finit joyeusement le mois, d’autant plus qu’on annonce de source certaine qu’il n’y a eu, cette semaine, que mille trente et une victimes de la peste, quatre cents de moins que la semaine dernière" (31 octobre). Cette tendance va se confirmer le mois suivant: "j’ai appris aujourd’hui avec grand plaisir que l’épidémie a beacoup diminué, six cent morts seulement cette semaine. On espère une rapide décroissance, car il gèle dur." (22 novembre). Samuel Pepys regagne sa maison en décembre: "quelle joie de se retrouver là tous deux, grâce à Dieu" (4 décembre).

L’année 1665 se termine sur une note d’optimisme: la peste décroît et "les boutiques commencent à rouvrir". Pepys nous rappelle toutefois le désastre humain qu’a causé l’épidémie: 

"Toute ma famille et tous mes amis se sont bien portés pendant la peste, sauf ma tante Bell qui est mort et plusieurs enfants de ma cousine Sarah. Mais beaucoup de gens que je connaissais fort bien sont morts" (31 décembre).

L’épidémie se termine au début de l’année 1666: 

"Chez le duc d’Albermale, j’ai la joie d’apprendre que le nombre des victimes de la peste est tombé cette semaine à soixante dix" (3 janvier).

Le journal de Samuel Pepys nous permet de suivre l’évolution de l’épidémie de peste à Londres en 1665 tout en nous peignant les mœurs de la société anglaise du XVII° siècle. Bref, un témoignage sans équivalent

sur ce site voir aussi:

bulletLa peste par Albert Camus
bulletL'épidémie de peste à Athènes au V° siècle par Thucydide
bulletPars vite et reviens tard (roman policier) Fred Vargas
bulletLes microbes aussi ont une histoire par Norbert Gualde

 

bulletJournal de Samuel Pepys
Le temps retrouvé
Mercure de France

 

 

 

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