Influence de l’asthme sur l’oeuvre de Marcel Proust 

écrit par le Dr Georges Rivane

 

présenté par Michel Chillot
octobre 2004

 

Sur les enchères d’ebay, je suis tombé sur un livre intitulé Influence de l’asthme sur l’oeuvre de Marcel Proust écrit par un médecin Georges Rivane (éditeur La Nouvelle Edition, 1945) et préfacé par Henri Mondor.

L’objectif de l’auteur est dévoilé d’emblée: expliquer l’oeuvre de Marcel Proust au travers de son asthme.

Dans une première partie, 

il retrace l’itinaire du patient marcel Proust atteint d’une maladie asthmatique. Marcel Proust est né le 10 juillet 1871 à Paris d’un père médecin, le Professeur Adrien Proust, membre de l’Académie de Médecine et titulaire d’un poste d’Hygiène à la faculté. 

Sa première crise d’asthme survient à l’âge de 9 ans. Son frère cadet, le docteur Robert Proust la décrit ainsi: 

“C’est à l’âge de neuf ans, en rentrant d’une longue promenade au bois de Boulogne que nous avions faite avec nos amis D..., que Marcel fut pris d’une effroyable crise de suffocation qui faillit l’emporter devant mon père terrifié, et de de jour date cette vie épouvantable au-dessus de laquelle planait constamment la menace de crises semblables” (Marcel Proust intime). 

Ses parents lui interdisent les promenades et séjours à la campagne. Il ne lui saura autorisé à passer qu’un mois de vacances à la fin de l’automne en Normandie à Trouville, Houlagte ou Cabourg.

Il fait ses études au lycée Condorcet. Après avoir obtenu son baccalauréat, il s’engage en novembre 1889 pour une année dans l’armée au 76° régiment d’Infanterie à Orléans. Puis il poursuit ses études à la Sorbonne: droit, sciences politiques et lettres. Il se montrera beaucoup dans les salons. 

Lucien Daudet en fait un portait singulier 

“Empressé, l’air naïf, la voix pitoyable, il ressemblait à ces petits frères laïcs dévorés de zèle et d’humilité qui entouraient Saint-François d’Assise" (Lucien Daudet, Autour de soixante lettres de Marcel Proust). 

Sa santé précaire le conduit à des excentricités qui lui assurent la célébrité: ne se lève que l’après-midi, porte en toute saison et toute occasion une pelisse de loutre, préside des repas fastueux où il ne touche à aucun plat. A partir de 1905, année de la mort de sa mère (son père était mort en 1903), il se rend plus rarement dans le monde et ne vit plus que pour son oeuvre. Parallèlement sa maladie s’aggrave. Il ne trouve pas de remède dans la médecine qu’il qualifie de “science (?) excessivement comique”.

Il érige ses propres règles d’hygiène de vie: il se lève à 11 heures du soir pour ne se coucher qu’à deux heures le lendemain car il souffre moins la nuit de son asthme; pour parvenir à s’endormir, il prend des somnifères en quantité très importante, notamment le véronal. Il consomme beaucoup de caféine 

“j’avais pris pour calmer mon étouffement dix-sept tasses de café”. 

Il ne supporte plus le bruit et fait tapisser de liège les murs de sa chambre. Les fenêtres restent fermées derrière des volets clos. Les tentures restent tirées. Il vit dans son lit emmitoufflé sous des couvertures et des couches de pulls superposés:

“je grelotte sous cinq couvertures de laine augmentées de trois édredons cependant que sur moi les tissus que vous méprisez du docteur Rasurel, recouverts de trois épaisseurs de Pyrenées, me protègent un peu des flammes du feu qui est dans la cheminée.” 

Il procède à de perpétuelles fumigations 

“L’air était si lourd aujourd’hui, que la fumée de la poudre que j’ai brûlée à 5 heures pourtant, est restée malgré toutes les portes ouvertes dans ma chambre où l’on n’aurait pas pu se voir, où vous auriez toussé, pleuré”.

Sa maladie s’aggrave : 

“pendant deux jours la violence de mes crises m’a empêché de laisser rien ni personne entrer près de moi”, 
“un état d’asthme interrompu”, 
“j’ai depuis deux jours de véritables convulsions d’athme et d’asphyxie, pendant lesquelles écrire m’aurait été aussi impossible que parler”, 
“une crise de trente heures pendant laquelle tout mouvement (et aussi toute immobilité), toute pensée m’ ont été refusées, crises d’asthme tellement violente que rien n’y résistait”

En 1913, paraît 'Du côté de chez Swann', premier tome de 'A la recherche du Temps perdu'. La critique reste septique devant son roman. Il doit attendre la fin de la guerre pour publier le sond tome, 'A l’Ombre des Jeunes filles en Fleurs' qui obtient le prix Goncourt en 1919.

Il présente des troubles de l’élocution: 

“J’ai depuis un an des accidents très graves empêchant presque qu’on me comprenne quand je parle et me faisant craindre de tomber comme ma pauvre maman a fini dans l’aphasie complète, avant que mes livres aient paru”.

En 1922, son état respiratoire s’aggrave et il décèdera d’une congestion pulmonaire gauche le 18 novembre 1922. 

Dans la deuxième partie de son livre, 

l’auteur tente d’expliquer les grands thèmes proustiens: 

- la mémoire involontaire, 
- la multiplicité du moi, 
- le Temps par sa maladie. 

Le résultat est peu convaincant. 

Prenons l’exemple de la mémoire involontaire1 (l’épisode de la célèbre madeleine de Proust) qu'il nous explique par le mécanisme de l’anaphylaxie: 

- une injection pérarante (= la sensation ancienne), 
- une période intercalaire (= un intervalle de temps), 
- une injection déchainante (=une sensation identique actuelle).

Son analyse de la phrase proustienne est plus intéressante: 

“la cadence de la phrase de Proust est la traduction littéraire et littérale d’un de ses accès de suffocation”. 

Cela peut paraître simpliste et facile. Pourant je me souviens d’une interview de Claude Roy, écrivain mort en 1977, qui expliquait la modification du rythme des vers de sa poésie lors d’un séjour en réanimation après une intervention pour un cancer bronchique. Il constatait que sa dyspnée entraînait inconsciemment l’écriture de vers plus rythmés et moins libres qu’avant, la recherche d’un rythme respiratoire régulier en somme.

 

1 Dans 'Le temps retrouvé II' Proust pose la question: 
Comment sauverons nous le passé tel qu'il est en soi? C'est à cette question que la mémoire involontaire apporte sa réponse

Qu'est ce qu'un souvenir qu'on ne se rappelle pas? 

(Lu dans 'Proust et les signes' de Gilles Deleuze PUF p.74.  avec un chapitre complet consacré au style ou à l'absence de style? Comment l'absence de style devient elle la force géniale d'une nouvelle littérature? Ouvrage excellent! JMB)

 

Jacques Drillon ancien élève du lycée de Rombas écrit dans Le Nouvel Observateur du 30/08/2000

Quand chaque phrase se hausse au niveau du théorème, le minuscule devient immense et le particulier, universel. Encyclopédie des êtres et des choses, la "Recherche" est le livre que tous voudraient avoir écrit.

 

 

version numérisée de plusieurs ouvrages de Proust téléchargeable sur http://www.le-chateau.ilias.com/librai.htm
ainsi que sur le site de la BNF
http://gallica.bnf.fr/
 

un bon site généraliste sur Proust
http://www.library.uiuc.edu/kolbp/proustf.html
 

250 citations à l'adresse
http://perso.wanadoo.fr/proust/proust/tout.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

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