Rilke
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Une consultation à la Salpetrière au début du XX° siècle 

par Rainer Maria Rilke 
dans Les cahiers de Malte Laurids Bridge

 

présenté par Michel Chillot
01 décembre 2003

 

J'ai envie de vous faire partager quelques pages des Cahiers de Malte Laurids Bridge dans lesquels Rilke nous fait vivre une éprouvante consultation à la Salpetrière. 

Les Cahiers de Malte Laurids Bridge (Die Aufzeichnungen des Malte Laurids Bridge) sont achevés en 1910. 
Rilke (écrivain autrichien né à Prague en 1875 et mort au sanatorium de Valmont en Suisse en 1926) âgé de 27 ans, séjourne pour la première fois à Paris en 1902. 
A son épouse Clara Rilke-Westhoff restée en Allemagne il écrit dans une lettre datée du 31 août 1902, trois jours après son arrivée: 

"...Paris, qui est vraiment une grande ville étrangère, très, très étrangère pour moi. Les hôpitaux qu'on voit ici partout m'angoissent. Je comprends pourquoi ils reviennent sans cesse chez Verlaine, chez Baudelaire et Mallarmé. Dans toutes les rues on voit des malades qui s'y rendent, à pied ou en voiture. On les voit aux fenêtres de l'Hôtel -Dieu dans leur étrange costume, le triste et blême uniforme de la maladie. On devine tout à coup qu'il y a dans cette immense ville des régiments de malade, des armées de mourants, des peuples de morts."

C'est cette ambiance qui pèse sur ces pages, Les Cahiers de Malte Laurids Bridge étant un texte largement autobiographique. Un jeune danois, Malte Laurids Bridge, vient vivre à Paris. Le texte en prose est sous la forme d'un journal intime. Malte découvre une grande ville hostile génératrice d'angoisse. Malte se rappelle des souvenirs d'enfance au Danemark qui font appel au fantastique.

Le début du texte est sans appel: 

"Le médecin ne m'a pas compris. Il n'a rien compris. Sans doute était-ce difficile à expliquer. On décida qu'il fallait m'électriser"

 Malte se rend à son rendez-vous fixé à une heure à la Salpêtrière. Dans la salle d'attente "l'air était mauvais, lourd, plein de vêtements et d'haleine". Il se sent faire "partie des épaves". Rilke parvient en quelques lignes à donner vie aux malades qu'il y côtoie. Il est horrifié par la vue d'une multitude de pansements, "des pansements qu'on avait ouverts où était étendue à présent, comme dans un lit sale, une main qui n'était plus une main; et une jambe emmaillotée qui sortait du rang, grande comme un homme tout entier"

Une heure passe. Les médecins arrivent. Encore une heure d'attente. Malte est convié " raconter" son cas devant "le médecin et les jeunes gens" "assis autour de la table". Les médecins montrent des signes d'impatiences. Malte est prié de retourner dans le couloir dont "l'air était devenu beaucoup plus pesant" en attendant qu'on le rappelle. 

Et toujours des portraits de malades: "une masse énorme, incapable de se mouvoir, qui avait un visage et une main grande, lourde et immobile. Le côté du visage que je voyais était vide, sans traits ni souvenirs, et on éprouvait de l'inquiétude à voir que les vêtements étaient semblables à ceux d'un cadavre qu'on aurait habillé pour le mettre en bière"

Soudain Malte se sent envahi par "la grande chose", "elle grandissait en jaillissant de moi comme une tumeur, comme une seconde tête, comme une partie de moi-même, et qui cependant ne pouvait pas m'appartenir puisqu'elle était si grande". Cette grande chose, c'est l'angoisse, l'accès de panique. Un seul remède: la fuite: "je ne me rappelle plus combien de cours j'ai traversées pour sortir". 

 

 

Les Cahiers de Malte Laurids Bridge 
édition de poche Points Seuil 
pages 52 à 59

 

 

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