Roth
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Patrimoine

Philip Roth

présenté par Michel Chillot

 

Patrimoine est le récit de la maladie du père de l'écrivain américain Philip Roth.

Hermann Roth est un homme de 86 ans qui "jouissait d'une santé phénoménale pour un homme de son âge".

Le lendemain de son arrivée en Floride, il présente un tableau de paralysie faciale de type périphérique droite: 

"la paupière inférieure de son oeil malade godait vers le bas, découvrant la membrane inférieure, la joue était, de ce côté, devenue flasque et sans vie, comme si elle avait été désossée, et ses lèvres n'étaient plus rectilignes, mais étirées et rabattues en diagonale sur son visage".

Le médecin consulté diagnostique une paralysie faciale a frigore (Bell's palsy"). L'évolution clinique lui donnera tort. La paralysie ne régresse pas et il perd l'audition à droite. Il consulte à nouveau son médecin qui lui affirma, nous dit Philip Roth, que la baisse de l'audition à droite était liée à l'âge et n'avait aucun rapport avec la paralysie faciale. 

Une année s'écoula. 

Un ophtamologiste consulté pour sa cataracte s'étonne du tableau clinique et demande une IRM. Et bien entendu, on découvre 

"une grosse masse localisée principalement dans la région des angles cérébello-pontiques droits et des cavités prépontiques. On constate une extension de la masse à l'intérieur du sinus caverneux droit avec infiltration péricarotidienne. On constate également une destruction apparente de l'apex du rocher droit. On constate un déplacement postérieur important ainsi qu'une compression par cette masse du pont et du pédoncule cérébelleux droit".

Philipp Roth annonce lui-même le diagnostic à son père, craignant vraissemblablement, que la parole du médecin ne soit trop directe. Il hésite à faire opérer son père: 

"opérer pourrait entraîner d'horribles conséquences, ne pas opérer entraîneraient d'horribles conséquences d'une autre sorte". 

En lisant ces pages, on a l'impression que Philipp Roth s'identifie au médecin et au patient: il explique la maladie et décide pour son père la conduite à tenir.

Pour la première fois, Philipp Roth âgé de cinquante cinq ans se voit donner un ordre à son père près de quatre vingt sept ans, 

"c'est la fin d'une époque, le début d'une autre".

Ensemble, ils vont consulter le docteur David Krohn, 

"un des meilleurs neurochirurgiens du New Jersey". 

Son père avait préparé une liste de questions à poser: la technique de l'opération, le risque de récidive de la tumeur, est-ce douloureux?, la durée de l'intervention, faudra-t-il réapprendre à marcher?

Ils décident de prendre l'avis d'un second chirurgien.

Il est finalement décidé de réaliser une biopsie dans le but de savoir si la tumeur était radiosensible, tous étant 

"fermement contre l'intervention": "je ne voyais pas comment, en notre âme et conscience, nous pouvions ignorer carrément la tumeur avant d'avoir acquis la certitude qu'il n'existait aucun moyen de la traiter, sinon cette boucherie à nos yeux totalement inacceptable".

Philipp Roth sera à ses côtés à son retour du bloc opératoire. 

A la question 

"Comment te sens-tu?", 

il répond sans ambiguïté 

"Je voudrais être mort.".

La tumeur s'avéra bénigne 

"d'une variété extrêmement rare, constituée d'une sorte de matière cartilagineuse"

 mais non sensible à la radiothérapie.

Le neurochirurgien "proposait de la supprimer chirugicalement en deux interventions, d'une durée de sept à huit heures chacune. La première fois, il pénétrait par la bouche pour extraire une partie de la tumeur puis, quelques mois plus tard, il pénétrait par l'arrière du crâne pour extraire le reste." 

En cas d'abstention thérapeutique, il leur promet des problèmes d'ici un an, notamment des troubles de la déglutition.

Philipp Roth nous décrit de manière très réaliste son père gisant par terre dans la salle de bain et baignant dans sa "merde". 

"A deux doigts de fondre en larmes", il déclare à son fils "J'ai chié dans mon froc".

 Sur cinq pages, Philipp Roth nous raconte comment il va le laver puis comment il va récurer la salle de bain pour conclure 

"Tel était mon patrimoine : non pas l'agent, non pas les téphillim, non pas le bol à raser, mais la merde". 

En lisant ces lignes, chaque médecin se remémorera un patient qu'il aura vu gir au sol dans sa merde, pour reprendre le mot utilisé par Philipp Roth.

Le récit de Philipp Roth est parsemé de souvenir d'enfance dans cette famille d'immigrants juifs. Il nous livre une analyse très juste sur l'identité de paire: 

"il n'était pas simplement un père quelconque, il était le père, avec tout ce qui chez un père suscite la haine, et tout ce qui suscite l'amour".

Il passera sa convalescence chez son fils dans le Connecticut. Une intervention pour cataracte est programmée afin de préserver sa vue.

Une année plus tard, des troubles de l'équilibre surviennent. Il présente des céphalées, la paralysie faciale s'aggrave et 

"son élocution, déjà pâteuse, menaçait de devenir incompréhensible".

Philipp Roth va faire rédiger deux décharges, l'une pour son père, l'autre pour lui-même. 

Une décharge est "un document légal qui - avec sa phraséologie particulière - habilite quelqu'un à déclarer à l'avance que, dans l'éventualité d'une totale incapacité physique ou mentale excluant tout espoir raisonnable de guérison, il refuse tout recours à un quelconque traitement de survie artificielle". 

Il aura du mal à en parler à son père, ayant l'impression d'être 

"un assureur qui venait de vendre sa première police à un client qui ne pouvait gagner qu'à condition de mourir" 

(le père de Philipp Roth était assureur).
Les troubles de la marche et de la déglutition se majorent. Philipp Roth se culpabilise d'avoir refusé l'intervention. 

Il mourra le 24 octobre 1989 au terme d'une pénible agonie de douze heures.

Ce livre de Philipp Roth est très touchant. Ecrit avec justesse et sans pathos, il nous invite à partager l'histoire de la famille Roth et la maladie du père, Hermann Roth.

 

Patrimoine
Philipp Roth
Collection folio

 

 

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