A propos de L'Ile de Sakhaline 

d'Anton Tchekhov

présenté par Michel Chillot
octobre 2003

 

 

Les éditions "cent pages" ont publié l'Ile de Sakhaline d'Anton Tchekhov. Le livre est édité pour la première fois en Russie en 1893. La traduction française n'était plus disponible depuis que l'édition de 1972 des Éditeurs français réunis était épuisée. 

Tchekhov est connu avant tout pour ses pièces de théâtre (La Mouette, Les Trois Sœurs, La Cerisaie ...) et ses récits, peinture souvent caustique de la société russe. Mais Tchekhov était également médecin. Le médecin se reconnaît dans nombres de récit, notamment La Crise (1888) et La Salle n°6.(1892). 

La Salle n°6 a pour cadre un pavillon psychiatrique dans un hôpital de province. Le docteur Raguine, responsable du pavillon, fait semblant d'ignorer les conditions déplorables dans lesquelles vivent les malades soumis à la saleté, la violence et la corruption. 
Un gardien nommé Nikita règne en maître sur les lieux. Lorsque le docteur Raguine prend conscience de la situation, il est trop tard. Il sera déclaré fou, sera placé dans la salle n°6 et mourra après avoir été frappé la veille par Nikita. 
Cette nouvelle paraît prophétique du l'utilisation à visée répressive de l'hôpital psychiatrique par le système communiste soviétique. 

Tchekhov entre à la faculté de médecine de Moscou en 1879, âgé de 19 ans. Il mena de front ses études et son travail littéraire, ce qui lui permit de devenir le seul soutien financier de sa famille (ses parents, quatre frères et une soeur). 

En 1884, il exerce la médecine à Zvenigorod et Voskressensk près de Moscou en hôpital puis pose une plaque en cuivre sur sa porte. Le 7 décembre 1884, il présente une hémoptysie: 

Les médicaments dont me bourrent mes confrères me feront du bien. Mon état général est satisfaisant. Pour comble de dérision, j'ai maintenant des malades. Je ne peux me rendre chez eux. Je ne sais qu'en faire... Ce serait dommage de les passer à un autre médecin. Ils représentent tout de même, pour moi, un certain revenu.

Le diagnostic est aisé: la tuberculose. Mais Tchekhov n'y croit pas ou feint de ne pas y croire? Il en décédera en juillet 1904 
En 1886, il doit faire face à une épidémie de typhus qui s'était déclarée dans la capitale moscovite (lettre de 28/2/86). Cependant, il continue à écrire des nouvelles. 

En 1888, il publie La Steppe, récit accueilli avec chaleur. Tchekhov nous raconte le périple d'un gamin de neuf ans, Iégor, que son oncle et un marchand emmènent en traversant la steppe vers la ville où il doit être placé. Ce voyage foisonnant de multiples personnages de rencontre prend l'allure d'un voyage initiatique. 

Sa santé reste précaire. Il présente à plusieurs reprises des hémoptysies. Et Tchekhov continue à hésiter entre la médecine et la littérature. 

Le 31 janvier 1889, succès fracassant de sa pièce Ivanov à Saint-Pétersbourg après l'échec de la première à Moscou. Cependant Tchekhov confesse dans une lettre résumant son état d'esprit du moment. Son jeune frère Nicolas va mourir de la tuberculose cette même année. 

Fin 1889, il prend la décision de se rendre à Sakhaline, l'île des déportés, à 12000 kilomètres de Moscou à l'extrême orient russe pour enquêter sur la vie des forçats: "Traité comme un cochon" Son entourage lui déconseille ce voyage, mais rien ni fait. Tchekhov part le 21 avril 1890 dans un état de crise morale, faisant un inventaire de sa vie et de son oeuvre. Il arrivera à Sakhaline le 11 juillet après un voyage très éprouvant: 
    de Moscou à Iaroslavl par le train,
    de Iaroslavl à Perm par le bateau sur la Volga et la Kama,
    de Perm à Tioumen de nouveau par le train,
    de Tioumen au lac Baïkal en voiture à cheval,
    au-delà bateau et voiture jusqu'au Pacifique. 

Tchekhov est autorisé par le Gouverneur Général Korff à circuler librement sur l'île et à accéder aux archives de la prison à l'exception de communiquer avec les prisonniers politiques. Il décide d'opérer son travail de manière très scientifique: Il remplira quelques dix mille fiches sur la base d'un questionnaire qu'il a établi. 

Il va rapidement comprendre que toute vie sur l'île est centrée sur la détention: Il va rencontrer des conditions horribles de détention: bagnards pieds et mains attachés à une brouette, prostitution, peine du fouet. Tchekhov s'était imposé d'assister à cette scène, mais devra quitter la salle. Il va analyser ce système qui transforme les condamnés ayant purgé leur peine en "colons forcés" puis en "paysans proscrits" . 

Son travail est terminé le 13 octobre. Son voyage de retour dure deux mois. Il embarque sur un bateau qui doit le ramener à Odessa le 1 décembre. Tchekhov retrouve les siens après plus de sept mois: (lettre du 9 décembre 1890 à son ami Souvorine).

 

Bibliographie: 

bulletTchekhov d'Henri Troyat, Flammarion
bulletOeuvres de Tchekhov, tome I, II, III, bibliothèque de la Pléiade, Gallimard
bulletTchekhov, Encyclopedia Universalis, volume 22
bulletLe Monde des Livres du vendredi 12 mai 1985
bulletSupplément Livres de Libération du jeudi 18 mai 1985

 

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